Fiscalité du tabac : le CRES lance SIMTAX pour éclairer les choix de réforme au Sénégal
Fiscalité du tabac : le CRES lance SIMTAX pour éclairer les choix de réforme au Sénégal
Le Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES), en partenariat avec Tax Justice Network Africa (TJNA) et Forum Civil, a procédé, le 28 septembre 2026 à Dakar, au lancement officiel de SIMTAX, un outil de simulation de la fiscalité des produits du tabac. La rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des parlementaires et de la société civile pour renforcer l’engagement et le dialogue entre les parties prenantes de la lutte antitabac autour de l’introduction dans l’arsenal fiscal du Sénégal d’une taxe spécifique sur les produits du tabac.

Le tabagisme demeure un enjeu de santé publique au Sénégal. Selon les données présentées lors de l’atelier, 4,4 % des personnes âgées de 15 ans et plus consommaient un produit du tabac en 2023. La prévalence était de 7,8 % chez les hommes contre 0,4 % chez les femmes, tandis que 58 % des fumeurs avaient commencé avant l’âge de 20 ans.
La fiscalité constitue l’un des instruments reconnus par la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac pour réduire la demande de produits du tabac. Au Sénégal, l’accise ad valorem a atteint 100 % en 2026. Toutefois, selon les présentations, la part cumulée de la TVA et de l’accise dans le prix de détail d’un paquet de 20 cigarettes s’établit à 46,92 % en 2026, en dessous de la cible de 70 % recommandée par la CCLAT. L’architecture fiscale du tabagisme au Sénégal, reste exclusivement fondée sur l'ad valorem, alors que les recommandations internationales de l’OMS et de la banque mondiale mettent en avant les avantages d’une composante spécifique dans l’architecture fiscale du tabac.

Développé par le CRES, SIMTAX permet de tester différents scénarios de réforme de la fiscalité des produits du tabac et d’en mesurer les effets potentiels par rapport au système actuel, qui repose uniquement sur une taxe ad valorem. Le modèle permet d’en analyser les effets potentiels sur la santé publique et les recettes fiscales.
Les simulations présentées portent sur quatre scénarios à l’horizon 2036. Le premier correspond au maintien du système actuel. Les trois autres visent à atteindre une part de taxes de 70 % dans le prix de vente au détail, à travers différentes architectures : une hausse de l’accise ad valorem, une combinaison de l’accise ad valorem et d’une taxe spécifique, et le renforcement progressif de la taxe spécifique avec maintien de l’ad valorem à 100 %.
Les résultats mettent en évidence des trajectoires différentes selon les options retenues. Le maintien du statu quo pourrait entraîner une reprise de la consommation de tabac et affaiblir les acquis obtenus ces dernières années. En revanche, une stratégie reposant exclusivement sur l’augmentation de l’ad valorem nécessiterait des taux particulièrement élevés pour atteindre les objectifs de santé publique, avec des difficultés potentielles de soutenabilité à long terme.
Les simulations montrent également que l’introduction progressive d’une taxe spécifique en complément de l’ad valorem permettrait de renforcer l’impact de la fiscalité sur la consommation tout en préservant un potentiel important de recettes fiscales. Enfin, le renforcement progressif de la composante spécifique permettrait d’obtenir des résultats proches de ceux du système mixte, tout en limitant la nécessité d’augmenter davantage le taux d’accise ad valorem.
Ces résultats fournissent ainsi une base quantitative pour éclairer les discussions sur les différentes options de réforme de la fiscalité du tabac au Sénégal.

L’atelier a mis en avant l’intérêt de disposer d’une base commune pour analyser les options de réforme. Dans son allocution d’ouverture, le Directeur exécutif du CRES, le Professeur Abdoulaye Diagne, a souligné l’importance de mobiliser les données et les évidences scientifiques pour éclairer la décision publique.
Les recommandations présentées dans le document de plaidoyer du CRES portent sur l’introduction progressive d’une taxe spécifique, une trajectoire jusqu’en 2036, l’indexation sur l’inflation, le renforcement de la traçabilité et l’affectation d’une partie des recettes additionnelles à la santé.
Avec SIMTAX, le CRES entend contribuer à un dialogue fondé sur les données entre les acteurs concernés par la fiscalité du tabac, la santé publique et la mobilisation des ressources au Sénégal.
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