Le Sénégal face à ses défis économiques, à la corruption et aux attentes de sa jeunesse : le CRES livre au public les résultats du Round 10 de l'enquête Afrobarometer.

Dakar, 6 mai 2025 – Le Consortium pour la Recherche Économique et Sociale (CRES), en partenariat avec le réseau panafricain Afrobarometer, a présenté les résultats du Round 10 de son enquête nationale lors d’un événement de haut niveau à la Résidence Mamoune. La rencontre a rassemblé des représentants de plusieurs institutions publiques et partenaires techniques, parmi lesquels la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale (DGPSN), le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération, le Bureau de la CEDEAO à Dakar, ainsi que des membres de la société civile, du monde académique et des médias.

La présentation a été assurée par Mamadou Abdoulaye Diallo, économiste-statisticien au CRES, qui a livré une analyse claire et argumentée de l’état de l’opinion publique sénégalaise sur des thématiques aussi cruciales que la gouvernance économique, la corruption et les aspirations des jeunes.
Une population partagée entre optimisme national et insatisfaction économique
L’enquête, menée du 9 février au 9 mars 2025 auprès de 1 200 citoyens représentatifs de la population adulte sénégalaise, révèle un sentiment paradoxal : si 67 % des Sénégalais estiment que le pays va dans la bonne direction, près de la moitié (47 %) jugent sévèrement la situation économique actuelle, marquée par une pauvreté persistante (62 % déclarent y avoir été exposés) et par une forte inflation, considérée comme le principal problème du pays par 59 % des répondants.

Ces préoccupations économiques dominent largement le classement des attentes citoyennes, devant la santé (52 %), le chômage (38 %) et l’insécurité (23 %). Malgré cela, la gestion économique du gouvernement connaît une légère amélioration dans les perceptions, comparée aux données de 2022.
Une lutte contre la corruption saluée, mais encore fragile
Un des points les plus saillants de l’enquête concerne la corruption. Plus de la moitié des répondants (53 %) estiment que la corruption a diminué au cours des 12 derniers mois. Le gouvernement reçoit un taux d’approbation élevé (69 %) pour ses efforts dans ce domaine. Toutefois, cette amélioration perçue est fragilisée par la persistance des pratiques illicites : 29 % des personnes interrogées déclarent avoir versé un pot-de-vin à la police, 26 % pour un document d’identité, et 11 % pour accéder à des soins médicaux.
Les institutions les plus perçues comme corrompues demeurent les forces de l’ordre, les services fiscaux, les collectivités locales, les magistrats et les fonctionnaires. En outre, une majorité écrasante (69 %) des citoyens craignent des représailles s’ils dénoncent des faits de corruption un signal fort qui rappelle la nécessité de garantir un environnement sûr pour les lanceurs d’alerte.
Une jeunesse instruite mais en quête d’opportunités
L’enquête met également en lumière la situation préoccupante des jeunes Sénégalais. Bien plus instruits que leurs aînés, 55 % ont atteint le niveau secondaire, les jeunes (18-35 ans) sont aussi les plus exposés au chômage (41 % contre 30 % pour les 36-55 ans). Les principaux obstacles à leur insertion professionnelle sont identifiés comme étant le manque de formation (35 %), l'inadéquation formation-emploi (15 %), le manque d’expérience (11 %) et de compétences entrepreneuriales (10 %). Face à cela, les jeunes expriment de fortes aspirations entrepreneuriales (74 %) et une attente claire d’investissements publics orientés vers l’emploi (53 %), la formation professionnelle (15 %) et les services sociaux (13 %). Notons qu’une majorité (65 %) estime que le gouvernement montre un certain degré de préoccupation pour les défis auxquels la jeunesse est confrontée.
Un outil stratégique pour l’action publique
L’événement s’est conclu sur un appel à l’utilisation stratégique des données d’Afrobarometer pour mieux adapter les politiques publiques aux attentes réelles des citoyens. Les représentants institutionnels présents ont salué la rigueur méthodologique de l’enquête et l’utilité de ces données dans le pilotage de leurs interventions, notamment en matière de planification, de protection sociale, de réforme de la gouvernance et d’appui à l’employabilité des jeunes.
Comme l’a souligné Mamadou Abdoulaye Diallo dans sa présentation : « Cette enquête permet de prendre le pouls du pays au plus près du vécu des citoyens. Elle constitue une boussole incontournable pour orienter les choix politiques vers plus d’efficacité et de légitimité. »
À propos d’Afrobarometer
Afrobarometer est un réseau panafricain indépendant de recherche par sondage qui mesure les perceptions des Africains sur la démocratie, la gouvernance, la corruption et les conditions de vie. Depuis 1999, plus de 100 enquêtes ont été menées dans 42 pays. Le CRES est le partenaire national pour la mise en œuvre des enquêtes au Sénégal.
Explorez les résultats complets sur : www.afrobarometer.org